
GIVE THE PERFECT GIFT
Erin Mills Town Centre Gift Cards are the perfect choice for your gift giving needs.Purchase gift cards at kiosks near the food court or centre court, at Guest Services, or click below to purchase online.PURCHASE HEREHome
Les Catacombes T IV
Indigo
Loading Inventory...
Les Catacombes T IV
Current price: $6.85


Les Catacombes T IV
Current price: $6.85
Loading Inventory...
Size: Kobo eBook
*Product information may vary - to confirm product availability, pricing, shipping and return information please contact Indigo
Je vous prie de prendre à la lettre le titre de mon article. Ce chapitre n’a rien de politique ; il n’a rien de commun avec ces longues allusions, en termes souvent trop couverts, aux affaires et aux hommes du moment. Ceci est la simple histoire d’un accident funeste arrivé à l’un de mes plus chers amis ; et comme, je ne sais pourquoi, cette histoire a pris quelque peu une teinte artiste et littéraire, ne fût-ce que pour charmer les ennemis de mon cher Jules et les miens propres, j’ai entrepris de vous la raconter.
Jules est un homme d’esprit et de cœur ; c’est un sceptique sans fanatisme et sans ostentation, simple et bon toutes les fois qu’il n’est pas en colère, facile à s’indigner, aimant beaucoup les vrais plaisirs, la table, le jeu de piquet à un prix modéré, la conversation avec les femmes pourvu qu’elles ne fassent pas de romans ou de vers ; il ne déteste pas non plus le vin de Bourgogne quand il est vieux et le cigare quand il ne vient pas de la régie ; du reste bon et colère, licencié en droit, moqueur et s’inquiétant peu de ce qui s’imprime, vers ou prose, livre ou journal.
Ce jeune homme s’était fait une vie heureuse à sa manière. Il ne s’était dévoué à la politique de personne, il n’avait insulté aucune décadence, il n’avait salué aucun avénement ; il méprisait autant le fanatisme que l’admiration ; la loi lui paraissait un contre-sens dans une créature raisonnable ; il n’avait de haine que pour ses ennemis et d’amitié que pour ses amis ; ce qui est fort rare, remarquez-le bien, dans cette pauvre espèce humaine, qui se passionne à tort et à travers sans que le plus souvent elle puisse savoir pourquoi.
Ajoutez a cette égalité d’âme une absence totale d’ambition. En fait d’autorité il n’avait jamais rien désiré, pas même la présidence du conseil des ministres ; en fait de distinction honorifique, il n’avait pas même songé à demander la croix d’honneur. Il était fait ainsi, indifférent à tout ce que le vulgaire appelle de ses vœux. L’amour même le comptait au dernier rang de ses élus : c’était un enrôlé qui allait au pas, sans se presser, et toujours sûr d’arriver trop tôt.
Sans compter qu’il avait la plus sublime indifférence pour les objets extérieurs : le monde allant et venant le touchait peu ; la célébrité les plus fortes, celles de la veille, le touchaient peu. Il n’eût pas détourné la tête pour voir un pape saint-simonien. On lui eût dit pendant qu’il était à dîner : Voici une révolution qui passe ! qu’avant le dessert il ne se fût pas mis à la fenêtre pour la voir passer.
Souvent je le grondais de tant d’indifférence : — Malheureux ! lui disais-je, tu ne sauras donc jamais un mot de l’histoire contemporaine ! Tu n’as vu ni M. Périer, ni M. le général Lafayette, ni le père Enfantin, ni Béranger ! tu n’as pas été admirer le monument en bois des héros de juillet et l’éléphant en plâtre de la Bastille ! Tous nos grands hommes passeront, tous nos monuments crouleront, et tu ne pourras pas dire à tes petits enfants : Je les ai vus ! Malheureux et insensible ami ! à quoi donc te sert d’avoir des yeux ?
Ainsi je lui parlais souvent. Lui, railleur-bonhomme, se moquait de mon enthousiasme ; il traitait toute l’histoire contemporaine comme de l’histoire ancienne ; il attendait, disait-il, qu’on l’eût écrite pour l’apprendre et pour y croire ; et puis, disait-il encore, n’avons-nous pas l’Iconographie des contemporains ? n’avons-nous pas le supplément à la biographie Michaud ? Et la lithographie donc qui reproduit si bien tous les monuments et toutes les figures en plâtre ? Est-ce donc la peine de nous déranger ?
Je vous prie de prendre à la lettre le titre de mon article. Ce chapitre n’a rien de politique ; il n’a rien de commun avec ces longues allusions, en termes souvent trop couverts, aux affaires et aux hommes du moment. Ceci est la simple histoire d’un accident funeste arrivé à l’un de mes plus chers amis ; et comme, je ne sais pourquoi, cette histoire a pris quelque peu une teinte artiste et littéraire, ne fût-ce que pour charmer les ennemis de mon cher Jules et les miens propres, j’ai entrepris de vous la raconter.
Jules est un homme d’esprit et de cœur ; c’est un sceptique sans fanatisme et sans ostentation, simple et bon toutes les fois qu’il n’est pas en colère, facile à s’indigner, aimant beaucoup les vrais plaisirs, la table, le jeu de piquet à un prix modéré, la conversation avec les femmes pourvu qu’elles ne fassent pas de romans ou de vers ; il ne déteste pas non plus le vin de Bourgogne quand il est vieux et le cigare quand il ne vient pas de la régie ; du reste bon et colère, licencié en droit, moqueur et s’inquiétant peu de ce qui s’imprime, vers ou prose, livre ou journal.
Ce jeune homme s’était fait une vie heureuse à sa manière. Il ne s’était dévoué à la politique de personne, il n’avait insulté aucune décadence, il n’avait salué aucun avénement ; il méprisait autant le fanatisme que l’admiration ; la loi lui paraissait un contre-sens dans une créature raisonnable ; il n’avait de haine que pour ses ennemis et d’amitié que pour ses amis ; ce qui est fort rare, remarquez-le bien, dans cette pauvre espèce humaine, qui se passionne à tort et à travers sans que le plus souvent elle puisse savoir pourquoi.
Ajoutez a cette égalité d’âme une absence totale d’ambition. En fait d’autorité il n’avait jamais rien désiré, pas même la présidence du conseil des ministres ; en fait de distinction honorifique, il n’avait pas même songé à demander la croix d’honneur. Il était fait ainsi, indifférent à tout ce que le vulgaire appelle de ses vœux. L’amour même le comptait au dernier rang de ses élus : c’était un enrôlé qui allait au pas, sans se presser, et toujours sûr d’arriver trop tôt.
Sans compter qu’il avait la plus sublime indifférence pour les objets extérieurs : le monde allant et venant le touchait peu ; la célébrité les plus fortes, celles de la veille, le touchaient peu. Il n’eût pas détourné la tête pour voir un pape saint-simonien. On lui eût dit pendant qu’il était à dîner : Voici une révolution qui passe ! qu’avant le dessert il ne se fût pas mis à la fenêtre pour la voir passer.
Souvent je le grondais de tant d’indifférence : — Malheureux ! lui disais-je, tu ne sauras donc jamais un mot de l’histoire contemporaine ! Tu n’as vu ni M. Périer, ni M. le général Lafayette, ni le père Enfantin, ni Béranger ! tu n’as pas été admirer le monument en bois des héros de juillet et l’éléphant en plâtre de la Bastille ! Tous nos grands hommes passeront, tous nos monuments crouleront, et tu ne pourras pas dire à tes petits enfants : Je les ai vus ! Malheureux et insensible ami ! à quoi donc te sert d’avoir des yeux ?
Ainsi je lui parlais souvent. Lui, railleur-bonhomme, se moquait de mon enthousiasme ; il traitait toute l’histoire contemporaine comme de l’histoire ancienne ; il attendait, disait-il, qu’on l’eût écrite pour l’apprendre et pour y croire ; et puis, disait-il encore, n’avons-nous pas l’Iconographie des contemporains ? n’avons-nous pas le supplément à la biographie Michaud ? Et la lithographie donc qui reproduit si bien tous les monuments et toutes les figures en plâtre ? Est-ce donc la peine de nous déranger ?


















