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Les Ormes
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By None
Current price: $1.91


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— Vilain pays où l’on prend les fièvres, grommela Dannault qui envisageait
avec déplaisir la perte de cet agréable compagnon. C’est donc
absolument nécessaire ? Personne ne peut y aller à votre place ?
— Personne.
Le silence s’était fait, madame Dannault passait lentement ses doigts
dans les volants de la robe de sa fille, assise sur ses genoux. Après quelques
paroles banales, le voyageur se leva, prit congé et sortit. Le lendemain,
Dannault l’accompagna jusqu’au chemin de fer. En rentrant à l’improviste,
il trouva sa femme seule, en larmes.
— ?’est-ce que vous avez ? dit-il en s’arrêtant devant elle.
La pauvre créature ne répondit pas.
— C’est le départ de mon ami qui vous met dans cet état-là ? continua
l’impitoyable bourru. Il a bien fait de s’en aller, car… par…
Flavie arrêta un juron sur les lèvres de son mari. Incapable de se contenir,
malgré les leçons de l’expérience, incapable de laisser outrager l’absent
:
— C’est moi qui lui ai dit de partir, fit-elle.
Elle n’avait pas prononcé le dernier mot qu’elle comprit son imprudence
; la paix de sa vie venait de s’écrouler, comme un château de cartes
sous le souffle d’un enfant malin. Sans s’arrêter à l’honnêteté de cet aveu
spontané, sans se laisser toucher par l’expiation douloureuse d’un sentiment
involontaire, plutôt entrevu qu’éprouvé, Dannault écrasa désormais
sa femme sous le poids d’un mépris d’autant plus cruel qu’il était moins
justifié. Devant le monde, il eut l’esprit de garder les apparences ; c’est
pour le tête-à-tête qu’il réserva toutes ses rigueurs, si bien que madame
Dannault eut le plaisir quotidien d’entendre son mari comblé d’éloges par
toutes les personnes qu’elle voyait, pendant qu’elle souffrait incessamment
de ses duretés. Dannault savait parfaitement à quoi s’en tenir sur
l’élévation du caractère de sa femme ; si peu capable qu’il fût de la juger,
il connaissait la noblesse de ses sentiments, mais il était de ceux qui estiment
nécessaire de foue?er son chien pour s’en faire aimer, de rudoyer
son cheval pour s’en faire obéir, et de se montrer désagréable envers sa
femme pour s’en faire respecter.
— Vilain pays où l’on prend les fièvres, grommela Dannault qui envisageait
avec déplaisir la perte de cet agréable compagnon. C’est donc
absolument nécessaire ? Personne ne peut y aller à votre place ?
— Personne.
Le silence s’était fait, madame Dannault passait lentement ses doigts
dans les volants de la robe de sa fille, assise sur ses genoux. Après quelques
paroles banales, le voyageur se leva, prit congé et sortit. Le lendemain,
Dannault l’accompagna jusqu’au chemin de fer. En rentrant à l’improviste,
il trouva sa femme seule, en larmes.
— ?’est-ce que vous avez ? dit-il en s’arrêtant devant elle.
La pauvre créature ne répondit pas.
— C’est le départ de mon ami qui vous met dans cet état-là ? continua
l’impitoyable bourru. Il a bien fait de s’en aller, car… par…
Flavie arrêta un juron sur les lèvres de son mari. Incapable de se contenir,
malgré les leçons de l’expérience, incapable de laisser outrager l’absent
:
— C’est moi qui lui ai dit de partir, fit-elle.
Elle n’avait pas prononcé le dernier mot qu’elle comprit son imprudence
; la paix de sa vie venait de s’écrouler, comme un château de cartes
sous le souffle d’un enfant malin. Sans s’arrêter à l’honnêteté de cet aveu
spontané, sans se laisser toucher par l’expiation douloureuse d’un sentiment
involontaire, plutôt entrevu qu’éprouvé, Dannault écrasa désormais
sa femme sous le poids d’un mépris d’autant plus cruel qu’il était moins
justifié. Devant le monde, il eut l’esprit de garder les apparences ; c’est
pour le tête-à-tête qu’il réserva toutes ses rigueurs, si bien que madame
Dannault eut le plaisir quotidien d’entendre son mari comblé d’éloges par
toutes les personnes qu’elle voyait, pendant qu’elle souffrait incessamment
de ses duretés. Dannault savait parfaitement à quoi s’en tenir sur
l’élévation du caractère de sa femme ; si peu capable qu’il fût de la juger,
il connaissait la noblesse de ses sentiments, mais il était de ceux qui estiment
nécessaire de foue?er son chien pour s’en faire aimer, de rudoyer
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